L'accord diminué, demi-diminué et de 7ème diminuée
Découvrez comment se construisent ces accords, comment les reconnaître et comment les employer dans vos progressions harmoniques.
L'accord diminué occupe une place singulière dans l'harmonie. Construit sur des intervalles empilés de tierces mineures, il possède une sonorité tendue, instable, parfois énigmatique, qui attire immédiatement l'oreille. Sa couleur particulière en fait un outil précieux pour créer du suspense, enrichir un discours musical ou préparer une résolution.
Historiquement, cet accord s'est imposé autant dans la musique classique que dans le jazz, la variété ou le cinéma. On l'entend aussi bien chez Beethoven que chez Debussy, dans le jazz vocal ou dans les musiques orchestrales dramatiques. Sa polyvalence ne tient pas seulement à sa structure, mais aussi à sa capacité à se substituer à d'autres accords ou à ouvrir de nombreuses possibilités modulantes.
L'accord diminué se compose de trois sons espacés chacun d'une tierce mineure, ce qui lui confère une symétrie rare. Cette particularité lui permet de se déplacer par intervalles réguliers sans perdre son identité, offrant au compositeur ou à l'improvisateur un terrain harmonique très riche. Il constitue alors un pivot permettant de glisser d'une tonalité à une autre avec souplesse.
À côté de l'accord diminué existe une variante très utilisée : l'accord demi-diminué. Proche dans la construction mais doté d'une septième mineure, il possède un caractère moins radical, plus nuancé. On le retrouve notamment sur le septième degré des modes majeurs et dans le mode mineur harmonique, où il devient un élément fondamental de la cadence vers la dominante.
L'accord de septième diminuée, véritable concentré de tension, pousse encore plus loin cette logique. Sa septième diminuée renforce l'instabilité et appelle presque irrésistiblement une résolution. Il est souvent utilisé comme accord de passage, comme substitution d'accords dominants à l'instar des substitutions tritoniques ou encore comme levier modulant permettant de changer de tonalité avec élégance.
Comprendre ces trois accords (accord diminué, demi-diminué et de 7ème diminuée), c'est explorer un univers harmonique riche, parfois mystérieux, mais essentiel pour qui souhaite progresser en écriture, improvisation ou analyse musicale. Leur étude ouvre la voie vers des enchaînements plus expressifs, des couleurs nouvelles et des cadences plus sophistiquées. Dans cette page, nous aborderons leur construction, leur notation, leurs fonctions harmoniques et de nombreux exemples concrets. Vous pourrez ainsi les reconnaître à l'oreille, les utiliser dans vos compositions et improvisations, et surtout enrichir votre vocabulaire musical en profondeur.
L'accord diminué, demi-diminué et de 7ème diminuée
L'accord diminué
L'accord diminué est une triade (accord de 3 notes) composée de trois sons superposés par tierces mineures. Il s'agit donc d'un accord formé à partir d'une fondamentale, d'une tierce mineure et d'une quinte diminuée. Cette structure génère une tension harmonique caractéristique, souvent ressentie comme instable, ce qui en fait un outil précieux pour créer du mouvement dans une progression d'accords. Cette sonorité tendue est liée à la présence du triton, un intervalle de 3 tons que l'on a déjà vu dans les accords de dominante.

Construction de l'accord diminué
Sa formation suit une construction régulière :
- Fondamentale + 3 demi-tons > Tierce mineure
- Tierce mineure + 3 demi-tons > quinte diminuée (par rapport à la fondamentale)
L'accord majeur est composé d'une tierce majeure puis d'une tierce mineure. L'accord mineur est lui composé d'une tierce mineure et d'une tierce majeure. L'accord diminué repose sur une répétition de tierces mineures ce qui contribue à sa couleur particulière.
Sur le plan fonctionnel, l'accord diminué est souvent employé comme accord de passage ou de tension avant une résolution plus stable. On le rencontre fréquemment dans le contexte tonal comme substitut d'un accord de dominante sans fondamentale, notamment lorsqu'il anticipe un retour vers l'accord de tonique. On peut également jouer ses notes avec la note du degré V à la basse, ce qui donnera un accord de dominante complet.
Dans les styles classiques, la musique jazz et contemporains, l'accord diminué est apprécié pour moduler vers une autre tonalité. Il sert à créer un climat dramatique, mystérieux ou instable, et on peut le jouer entre deux accords diatoniques pour enrichir la progression harmonique.
Notation de l'accord diminué
Il y a trois notations possibles pour l'accord diminué :
- Celle qui me semble parfaite pour apprendre : mb5. Cette notation précise bien qu'il s'agit d'un accor mineur (m) avec une quinte diminuée (b5). Pas de symbole à retenir, on a ainsi une lecture simple et efficace. C'est celle que j'ai retenue sur le site.
- On a aussi le symbole : °
- On peut également indiquer dim après la fondamentale de l'accord diminué
Exemple avec l'accord de Do diminué
Prenons maintenant un exemple avec l'accord de Do diminué.
Sa triade se forme d'une fondamentale (Do), à laquelle on ajoute Mib (tierce mineure) puis Solb (quinte diminuée). L'empilement de deux tierces mineures donne l'intervalle de triton entre Do et Solb qui est générateur de tension. En notation intervallique, on obtient donc : Do (1) – Mib (b3) – Solb (b5).
On notera cet accord Cmb5, C° ou Cdim.
L'accord demi-diminué
L'accord demi-diminué (ou accord mineur septième avec quinte diminuée) est une tétrade (accord de 4 notes) issue de l'accord diminué (dim) suivi d'une tierce majeure. Cet accord possède la tension de la quinte diminuée (présente dans l'accord diminué) avec une septième mineure, ce qui lui donne une identité légèrement moins instable que le diminué. Son rôle harmonique est très courant dans le jazz, la musique tonale et le répertoire moderne, notamment comme IIø7 dans les cadences mineures.

Construction de l'accord demi-diminué
Sa formation suit une construction régulière :
- Fondamentale + 3 demi-tons > Tierce mineure
- Tierce mineure + 3 demi-tons > quinte diminuée (par rapport à la fondamentale)
- Quinte diminuée + 4 demi-tons (tierce majeure) -> Septième mineure (par rapport à la fondamentale)
Sur le plan des intervalles, la structure est la suivante : 1 - b3 - b5 - b7. La présence de la quinte diminuée apporte une tension caractéristique, mais la septième mineure évite la symétrie parfaite (comme on peut le constater dans l'accord de 7ème diminuée).
Notation de l'accord diminué
Il y a deux notations possibles pour l'accord demi-diminué :
- Celle qui me semble parfaite pour apprendre : m7b5. Cette notation reprend clairement la notation de la triade diminué (mb5) en ajoutant la septième mineure (7). Là encore, c'est cette notation qui a été retenue sur le site Musiclic : pas de symbole à retenir, on a ainsi une lecture simple et efficace.
- On a aussi le symbole : ø7 (ou tout simplement ø)
Dans certaines partitions, on peut aussi rencontrer l'indication dim(b7), mais elle est moins répandue, je ne vous conseille pas de la retenir.
Exemple avec l'accord de Do demi-diminué
L'accord Cø7 se construit à partir de Do, auquel on ajoute Mib (tierce mineure), Solb (quinte diminuée) et Sib (septième mineure). On obtient donc : Do - Mib - Solb - Sib. Comparé à l'accord diminué complet C°7 qu'on va étudier juste après, la septième n'est pas diminuée, ce qui évite l'empilement régulier de tierces mineures. L'accord demi-diminué conserve ainsi une identité plus stable et se distingue clairement de la triade diminuée.
L'accord de 7ème diminuée
L'accord de 7ème diminuée est un accord de 4 sons obtenu en superposant trois tierces mineures successives à partir de la fondamentale. Sa structure intervallique est donc régulière, ce qui lui donne une organisation parfaitement symétrique. Cette symétrie se traduit par une grande instabilité harmonique mais également par une richesse fonctionnelle : chaque note peut potentiellement être réinterprétée comme fondamentale, permettant de nombreux enchaînements et modulations. La présence simultanée de la quinte diminuée et de la septième diminuée renforce fortement la tension interne de l'accord.

Construction de l'accord de 7ème diminuée
Sa formation suit une construction régulière :
- Fondamentale + 3 demi-tons > Tierce mineure
- Tierce mineure + 3 demi-tons > Quinte diminuée (par rapport à la fondamentale)
- Quinte diminuée + 3 demi-tons (tierce mineure) > Septième diminuée (par rapport à la fondamentale)
Sur le plan des intervalles, la structure est la suivante : 1 - b3 - b5 - bb7 (la septième diminuée étant un ton en dessous de la septième mineure). Cette particularité le distingue de l'accord demi-diminué, qui possède quant à lui une septième mineure (et non diminuée). L'accord de 7ème diminuée est donc un accord diminué "complet", parfois considéré comme l'un des plus instables du système tonal. Il est très employé dans les cadences harmoniques, notamment pour préparer un retour vers la tonique ou pour moduler subtilement vers une nouvelle tonalité.
Notation de l'accord de 7ème diminuée
Il y a deux notations possibles pour l'accord demi-diminué :
- dim7 est la première des notations et c'est celle qui a été retenue sur le site Musiclic. le qualificatif dim est aussi bien associé à la triade (Cdim) qu'à la septième (qui est donc diminuée avec cette précision dim7)
- On a aussi le symbole : °7. On peut reprendre exactement la même explication et le symbole ° permet de qualifier aussi bien la triade que la 7ème.
Exemple avec l'accord de Do 7ème diminuée
L'accord C°7 est formé de Do - Mib - Solb - et Sibb. Sibb est l'équivalent enharmonique de La mais théoriquement il faut indiquer Si double bémol, puisqu'il s'agit d'une septième diminuée. On obtient donc la tétrade complète : 1 - b3 - b5 - bb7. Les quatre notes étant séparées chacune par une tierce mineure, tout renversement du C°7 conserve la même structure et peut être compris comme un °7 construit à partir d'une autre note de l'accord.
Fonctions harmoniques des accords diminués
Ces accords diminués, caractérisés par leur sonorité tendue liée au triton, jouent un rôle fondamental en harmonie. En effet, ils permettent de créer un mouvement harmonique et de résoudre vers des accords plus stables. Cette notion de tension et de résolution est le principe fondamental de l'harmonie tonale qui est largement évoqué dans nos cours.
Avant d'expliquer les fonctions harmoniques de différents accords diminués, il faut toujours avoir et garder à l'esprit qu'une résolution par demi-ton est toujours plus présente, plus forte qu'une résolution par ton.
Fonctions harmoniques de l'accord diminué (mb5)

L'accord diminué est une triade formée, comme nous l'avons vu juste au-dessus, de deux tierces mineures. Je prends désormais l'accord de Bdim qui est composé des notes B, D et F.
On peut rencontrer cet accord en tant que degré VII dans la gamme de Do majeur ou Do mineur.
Cet accord peut avoir plusieurs rôles ou fonctions harmoniques. Il peut être :
Accord de passage (sans fonction tonale)
Toute gamme majeure, ou mineure d'ailleurs, possède un accord diminué sur le septième degré. En Do majeur, il s'agit de l'accord de Bdim qui est composé des notes Si, Ré et Fa.
- Diatonique par demi-ton : dans la progression Am Bdim C, l'accord Bdim comble parfaitement l'espace entre Am et C grâce à deux attractions : la note Si va vers Do et Fa vers Mi. Il s'agit donc de relier deux accords diatoniques par un autre accord diatonique avec un mouvement de demi-ton entre le deuxième et troisième accord.
- Diatonique par ton : la triade diminuée peut également jouer le rôle d'accord de passage par ton. Dans l'autre exemple cité dans la vidéo, Bdim partage deux notes avec l'accord de Sol, les notes Si et Ré. Les attractions de Fa vers Mi et de Si vers Do restent les mêmes que dans le précédent exemple.
Dans ces deux cas, on reste entièrement dans la gamme avec un passage diatonique qui peut se faire par ton ou demi-ton.
- Chromatique par demi-ton : dans un troisième temps, on va introduire un chromatisme pour relier deux accords diatoniques. Pour relier Do et Ré mineur respectivement degrés I et II en Do majeur, on peut introduire l'accord de C#dim qui n'appartient pas à la gamme. On obtient alors un chromatisme des fondamentales : Do, Do# et Ré.
Dans ces trois situations, l'accord diminué n'a pas de fonction tonale : il sert uniquement de pont et assure la transition entre deux accords diatoniques.
Substitut de dominante
En Do majeur, la triade diminuée est placée sur le septième degré et peut être utilisée comme une dominante sans fondamentale. On est ici dans une véritable fonction tonale : celle de la résolution de la dominante vers la tonique grâce au triton contenu dans l'accord diminué.

Dans la progression d'accords Dm/F, Bdim/F et C/E, j'ai volontairement utilisé les renversements pour limiter les mouvements de basse et mettre en valeur la tension harmonique. On peut entendre cette cadence II VII I comme un II V I déguisé et l'accord de Bdim sonner comme un accord de G7 sans sa fondamentale.
C'est une manière de montrer que la fonction dominante peut être assurée par le degré VII.
Fonction de dominante secondaire
On peut utiliser la triade diminuée pour introduire une dominante secondaire, c'est‐à‐dire une dominante qui ne résout pas sur la tonique, mais sur un autre degré de la gamme. Dans la progression C, C#dim et Dm, l'accord de C#dim peut être entendu comme un A7 sans fondamentale, c'est‐à‐dire l'accord de dominante en Ré majeur ou Ré mineur.
Cet accord de C#dim joue donc le rôle de dominante secondaire qui résout naturellement sur Dm, exactement comme le ferait un accord de A7 dans la tonalité de Ré majeur ou de Ré mineur. On obtient en outre une suite d'accords chromatiques.
C'est une manière simple et efficace de montrer que la triade diminuée peut avoir une fonction de dominante secondaire et conduire vers un autre degré de la gamme avec une résolution parfaitement logique.
Fonction de sous-dominante (en mineur)
La triade diminuée peut aussi avoir la fonction de sous dominante en mineur. Dans ce mode, le deuxième degré est naturellement diminué. En Do mineur harmonique par exemple, le degré II est représenté par l'accord Ddim avec les notes Ré, Fa et Lab. Cet accord n'a pas de fonction dominante : même s'il contient un triton, celui‐ci n'est pas orienté vers la tonique. Sa fonction est donc tout autre.
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